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Lundi 30 janvier 2012 1 30 /01 /Jan /2012 09:46

Publié dans : Interviews de la Boîte

INTERVIEW DE LA BOITE # 31 - BERNARD BELLUC


 

  Une interview réalisée par le blog culturel de Sète et de sa région - www.cestasete.fr
 

 


 



   Les deux grosses musettes n’y suffisant plus, je mettais le surplus de mes pêches  du dimanche, d’une abondance miraculeuse, dans des sacs Casino, qu’à l’heure du départ des Puces j’enfilais au guidon de ma mob’.

A propos de départ, j’avais dernièrement quitté le marché, avec en plus de mon chargement habituel, une table d’apéro en forme de palette de peintre, mise à cheval sur le réservoir, un shako de majorette à poils blancs accroché par les jugulaires au rétroviseur, une pile de Paris Match placée sur le porte-bagages, et une gigantesque poupée de foire, de 1,20m, qu’une aimable personne avait bien voulu me ficeler dans le dos, faute de pouvoir la caser autre part.


 bernard-belluc.gif 


Au démarrage, il fallut qu’on me pousse. Mon deux-roues penchait de droite, de gauche, avant qu’il ne trouve une stabilité précaire. J’avançais au pas, sur les jantes, aux Puces il y avait toujours foule. « Attention ! » « Attention, ne coupez pas mon élan ! » je criais. D’un regard amusé, les gens s’écartaient pour me faire un passage ; des gosses irrespectueux, un chien mobile foufou, me couraient derrière. Raté, moi qui voulais passer incognito par peur de donner l’éveil sur le fruit de mes chasses et pêches.

Ouf, il était temps ! j’avais décollé. L’air frais de la vitesse dû à un gros 25 à l’heure, essuyait mes sueurs créées par toutes ces émotions et l’épaisseur de ma chaude canadienne portée hiver comme été. La route défilait à petite allure, certes, mais j’avançais,  le principal consistait surtout à ne pas s’arrêter, car il y aurait eu problème à redémarrer. Hantise des bouchons, des passages piétons, des carrefours, des feux rouges, je brûlais tout.


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Et malhérousse ! trois bornes plus loin, catastrophe, je crève à l’arrière, boudiii ! en zigzaguant à mort sur cent mètres, plein centre de Castelnau le Lez, dimanche, 11 heures, sortie d’église. Un ami passant en auto avec sa famille m’aperçoit, stoppe en double file, et sort son appareil photo pour me tirer le portrait. J’avais envie de tout, sauf de sourire au petit oiseau. Bien sûr, pas de pompe à vélo ! En quête de cet indispensable outil, je vais à pied au hasard sonner aux portes, avec toujours ligotée dans les reins ma fameuse poupée dont je ne pouvais me débarrasser, les nœuds de serrage étant hors de portée de mains. Personne ne voulait m’ouvrir. Derrière une fenêtre située à un premier étage, un couple de personnes âgées, probablement dures d’oreille, du doigt me fait des signes négatifs, répondant à mes mimiques de sourd et muet exprimant le désarroi d’un mec qui veut décrire par signes une pompe à bicyclette, et qu’on peut sans avoir spécialement l’esprit mal tourné, assimiler à des gestes obscènes de malade, le tout évidemment appuyé par la présence de cet objet insolite plaqué dans le dos. Un bonhomme qui lavait sa bagnole me sauve le coup, dans son garage je trouve mon bonheur. En trois coups, « pouf » « pouf » « pouf » je suis regonflé, il me pousse, et vas-y vas-a  reparti, château branlant, avec la table d’apéro entre les pattes et tout le barda. Deux kilomètres plus loin, touffff touffff pfff…  à nouveau à plat ! Ne nous abandonnons pas au désespoir. En rase campagne, paradoxalement il se pourrait que cela soit peut-être plus facile de trouver de l’aide, et je me dis, chance ! c’est aujourd’hui  dimanche, le jour où l’on sort les vélos. Sans attendre je lève la main au premier que j’aperçois. Oh le beau modèle de petit cycliste qui vient par ici ! Casaque jaune à bandes rouge fluo, collants mauves, un modèle inconnu dans ma collec de petits coureurs. A mon signal de main, mon Anquetil freine net. Bien vu, c’est la solidarité de la Grande Amicale des deux-roues, l’homme joint l’esprit sportif à la délicatesse, en regonflant lui-même le peneu. Avec ça, serviable jusqu’au bout, il me pousse, et réavanti ! Quelques bornes plus loin j’allais encore être à plat, et cette fois-ci le moral à plapla, étant donné qu’on était non loin de midi, l’heure du casse-croûte, par conséquent plus de vélo en vue…
 

Chateau-de-Malves-hommage-a-Delteil--les-poilus-.JPGChateau de Malves (Hommage a Delteil - Les poilus)

 

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